Parcours initiatique

Dimanche 20 novembre 2005

Salice-Ajaccio

            

17h30 Température : 6° Salice
Dans le ciel encore bleu pâle,  au- dessus des lueurs du couchant, à l’horizon sud-ouest, en direction du golfe de Sagone, Vénus , l’étoile du Berger, qu’Homère nommait déjà Callistos (La belle) brille de tous ses feux. Sachons nous arrêter un instant pour l’admirer car son éclat, d’une blancheur étincelante,  est exceptionnel. Il augmentera encore jusqu’au 10 décembre, date à laquelle elle atteindra une magnitude  de –4,71 * Puis  il diminuera peu à peu durant tout le mois de décembre.
 En janvier
, on pourra  voir Vénus le 13 dans le ciel du soir quelques minutes après le coucher du Soleil et le 14 à l'aube quelques minutes avant le lever du Soleil. Mais sa hauteur par rapport à l'horizon sera faible (inférieur à 5°)
A partir de cette date,  seuls les lève-tôt auront le privilège de la saluer, dans les premières lueurs de l’aube. 

 17h45. Route d’Azzana
Presque à l’opposé,  Mars, un peu moins brillant (Magnitude - 1,7 ) domine les sommets déjà enneigés qui font face au village de Salice. La planète guerrière nous offrira sa splendeur oranger tout au long de la nuit, décrivant sa lente trajectoire d’est en ouest.  Profitons de ce spectacle unique  que nous ne reverrons pas avant l’année 2016, puisque Mars après s’être approché de la terre  (point le plus proche le 30 octobre dernier)  est déjà en train de s’en éloigner.

 17h 58
 Nous avons passé le pont d’Azzana qui enjambe le torrent du Cruzzini et entamé la montée vers le col de Tartavello ( route D4)

Le ciel est bleu roi. Déjà se laissent entrevoir les étoiles, mais tellement plus pâles que les deux reines du ciel. Un oeil averti peine à distinguer  le w de la constellation de Cassiopée http://www.vertdeterre.com/nature/univers/constellation-cassiop%e9e.htm

 Dans le grand tournant qui nous permet d’embrasser d’un seul regard la vallée du Cruzzini,  les villages qui l’enserrent et les chaînes de montagne qui à perte de vue nous séparent du golfe de Sagone, la traînée nébuleuse de notre galaxie, la Voie Lactée, est bien visible, semblant surgir de Pastricciola et plonger dans le golfe d’Ajaccio encore invisible à nos yeux.
La constellation du Cygne
est bien là, avec Deneb, son étoile principale (Magnitude 1,26) pour nous en montrer la direction.
http://www.vertdeterre.com/nature/univers/constellation-cygne.htm

 18h 6
 Les méandres de la route qui mène au col de Tartavello offrent à notre regard tantôt Mars, la planète rouge,  tantôt la blanche Vénus, comme deux perles sur le velours de la nuit.
L’éclat de Mars reste incomparable à travers la cime des grands pins, dans cette nuit propice à l’observation puisque la  lune, presque pleine,  inspiratrice des poètes mais ennemie des astronomes, ne se lèvera que beaucoup plus tard dans la soirée.

 18h16  Dernier grand tournant avant le col de Tartavello( 885 m)
Au nord, la vallée du Cruzzini plonge dans la nuit.
Vénus a disparu, dissimulée par la montagne qui nous sépare du golfe d’Ajaccio,  et a laissé  place à une telle multitude de points lumineux,  que pour un regard inexpérimenté, il est bien difficile de repérer, dans ce foisonnement d’étoiles, les constellations de ce début de soirée automnale.
Cependant, au-dessus des lumières de Rosazia, dominant la pente que dessine le versant de la montagne, s’étire, rassurante, la Grande Ourse majestueuse, amie des astronomes débutants car si facile à repérer et  unique constellation qui nous sera fidèle toute l’année.
http://www.abm.asso.fr/astroguide/constel/bigourse.htm

 Le chapelet de lumières des villages du Cruzzini , Rosazia, Salice, Azzana et Rezza , s’égrène dans la nuit d’encre.  Ces inventions du génie humain semblent vouloir éclipser les étoiles. Dans leur orgueil, elles sont  pourtant  bien éphémères.  Quelques centaines d’années,  peut-être,  si la folie des hommes leur en laisse le temps, qu’est-ce, au regard d’astres qui, pour certains,  comme le nôtre, sont destinés à briller plus de 4 milliards d’années encore!

 18h55
Une fois franchi le col de Tartavello,   Vénus réapparaît au sud -ouest. Cette fois la nature a gagné. Vénus, la bien nommée, déesse de la Beauté,  trône en majesté, éclipsant par son éclat les lumières des villages de la plaine de Peri, et montrant au voyageur égaré le chemin d’Ajaccio.
Mais au-dessus de Vero, dans les lacets encaissés, à la sombre végétation foisonnante de la route départementale 4, on en oublierait presque de regarder le ciel ! Quelques vaches tachetées qui paissent  imperturbablement sur le bord de la route, dans l’obscurité de la nuit, nous rappellent aux réalités terriennes et insulaires.

 19h. Quelques km avant la route nationale 193
Nous surplombons le golfe d’Ajaccio dont les eaux se confondent avec le noir du ciel. Seul au loin, les lumières orangées d’un navire, peut-être un bateau de croisière, suggèrent à notre imagination la présence de l’élément liquide.

 19h 40
Plage du Ricanto, Ajaccio
En longeant la mer on aperçoit encore Mars, alors que Vénus a disparu, dissimulée par les hauteurs qui dominent Ajaccio, car elle devrait encore briller une bonne heure avant de s’évanouir dans la nuit.  Mais la magie du spectacle des myriades d’étoiles s’est envolée. Il faut se réhabituer aux tristes lumières de la ville, bienfaitrices des citadins mais pollution lumineuse pour les amoureux du spectacle grandiose que nous offrent les pures nuits d’ébène.

La magnitude

C est la mesure de luminosité des objets célestes.
La première classification a été faite par Hipparque, au 2ème siècle avant J.C. Il classe les étoiles de la plus brillante(1) à la moins brillante ( 6) En affinant la classification, les astronomes suivants vont dans des valeurs négatives, jusqu’à – 26,9 pour le soleil et autour de - 4 pour Vénus, la planète la plus brillante après la lune(-13)

 Le 4  décembre prochain,   juste après le coucher du Soleil, on pourra apercevoir Vénus, de magnitude –4,7, et juste au-dessous, le fin croissant de lune,  au sud-ouest, en direction de Rosazia.  Par temps clair, on distinguera non seulement la partie lumineuse de la lune mais aussi la partie sombre, grâce au phénomène de la lumière cendrée..

 La lumière cendrée :
 
Juste après la nouvelle lune (qui, ce mois-ci  est le 1), en plus du croissant, éclairé par le soleil,  on peut distinguer la partie sombre de la lune qui, elle-même, est éclairée par le reflet de la terre
Cf  Photo :http://e.m.c.2.free.fr/cend.htm

 Etoiles filantes :
Entre le 7 et le 16, avec un maximum  le 14 décembre à 4h 30m,  vous pourrez voir, si le ciel est dégagé, une pluie d’étoiles filantes, semblant surgir de la constellation des Gémeaux : c’est pour cette raison qu’on parle des Géminides. Elles ont pour origine
l'astéroïde 3200 Phaeton.