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Salice ; un village sans école
LA DERNIÈRE
CLASSE
8 juillet 1977
C’est fini ; la porte de
notre école s’est fermée sur ses trois derniers élèves.
Cette échéance était inéluctable. On ne voulait pourtant pas y croire.
Hélas, les miracles en cette matière n’existent pas. Cinquante élèves ou
plus après la grande guerre, une vingtaine après celle de 1939-45, aucun
à la prochaine rentrée. Ainsi a été franchi le point de non-retour
au-delà duquel tout espoir paraît vain de voir le village revivre.
Puisse au moins notre « casa cumuna » centenaire retrouver sous une
forme ou une autre une nouvelle activité qui la préservera de l’oubli
avant que l’œuvre du temps ne la transforme en ruine.
François Casanova.
(Article non publié)
TRISTE ANNIVERSAIRE
12 octobre
1989.
Il y a déjà 12 ans. C’était la rentrée. Le jeune instituteur, arrivé le
matin même,attendait, avec un peu d’émotion, les enfants sur le pas de
la porte de l’école. Longtemps, il attendit, mais personne ne vint.
Alors, déçu, il s’en alla.
La porte s’était fermée, au mois de juillet, sur les trois derniers
écoliers.
Depuis, plus aucune fille ni aucun garçon n’a franchi, à ce titre, le
seuil de la « casa cumuna » qui durant plus d’un siècle, avait retenti
des voix enfantines de plusieurs générations.
Pourtant d’autres enfants sont nés et ont grandi à Salice mais pour eux,
il n’y eut plus de maîtres car ils n’étaient pas assez nombreux. On
essaya le ramassage à travers les villages environnants. Cela ne dura
pas et depuis plusieurs années, toute une vallée est privée de cet
enseignement dont on avait proclamé à la fois l’obligation et la
gratuité il y a plus de cent ans.
L’obligation n’est plus qu’un vain mot car toutes les écoles sont
fermées. La gratuité, il faut que les parents aillent la chercher à 50
km de chez eux.
Cruelle alternative devant laquelle se trouvent ceux qui ont eu la
malchance d’avoir des enfants au village : se séparer d’eux dès le plus
jeune âge si quelqu’un veut les accueillir ou quitter leur maison, leurs
habitudes, souvent leur gagne-pain, pour les accompagner, avec la triste
perspective d’une problématique H.L.M. et le spectre du chômage et, pour
leurs enfants, des classes surpeuplées, alors que les écoles de nos
villages servent à n’importe quoi , quand elles ne sont pas à vendre.
François Casanova. (Article publié)
Que s’est-il passé
entre juillet et octobre 1977 ? Que sont devenus les 3 derniers élèves
de Salice ? Les parents ont-ils déménagé ? Sont-ils partis, croyant
qu’il n’y aurait plus d’instituteur à la rentrée ? Le Recteur a-t-il par
un remord tardif décidé de muter un maître d’école au dernier moment ?
Qui nous le dira ?
De
1977 à nos jours
Jusqu’en
1977, les élèves de Salice allaient à l’école primaire sur place tandis
que ceux qui poursuivaient leurs études au- delà du certificat d’études
étaient scolarisés à Ajaccio.
Il existait bien une école complémentaire à Vico depuis 1938, mais elle
était inaccessible aux élèves de la vallée du Cruzzini : le sentier
escarpé bordé de falaises vertigineuses qui reliait Rosazia, le dernier
village du Cruzzini, à Murzo (Vico.) n’était accessible qu’aux
montagnards, aux ânes et aux chèvres.
Après la fermeture de l’école de Salice, en 1977, et jusqu’en 1990 les
familles durent s’organiser pour scolariser leurs enfants à Ajaccio. La
plupart abandonnèrent le village.
La route tant attendue qui allait enfin désenclaver la vallée du
Cruzzini (appelée, « la route de Muna ») devint praticable en 1990.
Cette nouvelle configuration régionale permit aux élèves du canton de se
rendre à Vico ( à l’école maternelle, primaire, et au collège Camille
Borrosi)
Un transport scolaire, subventionné par le conseil général, fut mis en
place avec, comme chauffeur, Mathieu Pinelli de Rosazia.
C’est ainsi que depuis presque 20 ans, celui-ci assure
le service dans tout le canton du Cruzzini pour les élèves du cours
préparatoire à la 3ème.
Les élèves partent de Salice le matin à 8 h, il mangent à la cantine et
sont de retour vers 17h30 après un trajet d’une demi-heure. Malgré la
fatigue que représente un tel périple, deux fois par jour, sur une
route accidentée et souvent difficilement praticable en hiver, cette
solution est un pis-aller qui permet aux familles ayant des enfants
jeunes de continuer à vivre au village.
Quant aux
élèves du collège, on peut considérer que leur situation s’est améliorée
par rapport à celle de leurs aînés : Ils rentrent chez eux tous les
soirs alors que jusqu’à l’ouverture de la route de Muna, scolarisés à
Ajaccio, ils étaient séparés de leur famille et ils ne revenaient bien
souvent à Salice qu’une fois par trimestre.
Entre 1990 et 2004, les effectifs ont peu varié : de 2 et 4 élèves
suivant les années tandis que les élèves du canton atteignaient le
nombre de 13.
En septembre 2004 seulement deux élèves de Salice sont scolarisés à
Vico, une fille en 6ème et un garçon en maternelle.
L’effectif du canton est de 6 élèves, 3 en maternelle, 1 au primaire et
2 au collège.
Ces chiffres donnent une idée du dépeuplement massif vécu par les
villages du Cruzzini, surtout si on les rapproche du nombre d’élèves
scolarisés à Vico : A la rentrée 2004, 174 élèves au collège, dont 141
demi-pensionnaires, et 78 élèves à l’école primaire. Il est vrai que le
collège Camille Borrossi est le seul établissement du second degré entre
Calvi et Ajaccio.
Laetitia Casanova
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