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La
scolarité d'un Salicien né au début du vingtième siècle
Le texte qui
suit a été écrit par François Casanova en 1987, à l’âge de 75 ans.
A L'ÉCOLE DE SALICE.
(Années 1916-1924)
Je devais avoir 4
ou 5 ans lorsque je fis ma première visite à l'école. L'appartement de
l'instituteur à la" maison commune" étant en réparations,
celui-ci logeait chez nous et, de temps en temps, il m'amenait à l'école
avec lui. Pour me donner de l'allure, il me mettait sous le bras un gros
catalogue de la manufacture de Saint-Étienne, ce dont j'étais très fier.
En classe, je me
trouvais avec de grands garçons dont certains, rebelles à tout ce qui
concernait l'étude, avaient 15 ans et plus et pensaient plus à leurs chèvres
qu'au cours du maître, qui, bien que les menant à la trique, ne se
faisait aucune illusion sur les résultats.
Il faut dire qu'on était
en pleine guerre 14-18 et que les projets d'avenir étaient pour tous bien
limités.
L'instituteur, monsieur
Piétri, venait de perdre un fils et, je crois, un frère au combat.
Tout le monde pensait
à la guerre et rien qu'à la guerre et déjà se faisait la propagande
par l'image.
Guillaume, l'empereur
d'Allemagne, "le Prussien", était pour nous le diable en
personne. D'ailleurs, derrière l'armoire de la classe, étaient stockés
plusieurs fusils de guerre destinés à l'entraînement des élèves de l'école.
Ces armes sont restées longtemps en place.
Il serait facile
d'expliquer la mentalité et le comportement dépressif ou désemparé des
habitants, quand on considère qu'une trentaine de jeunes se sont fait
tuer à la guerre et que rare était la famille qui ne pleurait pas un des
siens et quelquefois deux, comme chez le juge Pietri, morts ou disparus à
la fleur de l'âge, sans compter les nombreux blessés ou malades.
Je me souviens
de l'Armistice du 11 novembre 1918, alors que toute la population défilait
sur la route en chantant la Marseillaise derrière une femme qui portait
un drapeau. On l'appelait "A signora Lili". Son mari avait été
tué à la guerre.
La guerre finie, mes frères
partis et ma sœur aînée mariée, nous nous retrouvâmes à cinq à la
maison.
Mes sœurs
aidaient ma mère à la maison et dans les champs et donnaient
aussi un coup de main à ma tante dans son commerce. Quant à moi,
j'allais à l'école.
Il y avait à l'époque
à l'école de Salice plus de 60 élèves, répartis dans 3 classes.
Le matin et l'après-midi,
la cloche de l'église sonnait l'heure de la rentrée. Chacun d'entre nous
à tour de rôle était chargé de cela.
Après nous avoir fait
aligner sur la place, on commençait à passer la revue de propreté, du
moins chez les petits. Comme nous étions à peu près tous pieds-nus, il
ne servait à rien de les laver.
Cependant, la maîtresse,
par principe et sans conviction, nous montrait le chemin du ruisseau, ce
qui n'était pas pour nous déplaire. C'était autant de gagné sur les
heures de classe et nos pieds étaient aussi sales au retour car il n'y
avait pas alors de route mais seulement un chemin de terre pour accéder
au ruisseau.
Inutile de dire que les
coups pleuvaient pour maintenir la discipline.
L'hiver venu, chacun était
tenu d'apporter sa bûche pour faire du feu dans la grande cheminée de la
classe.
Au moment de la récolte
des châtaignes, c'était la mobilisation de tous les habitants. Il était
d'ailleurs prévu au calendrier scolaire huit à dix jours au mois de
novembre, pour cette récolte qu'on aurait souhaité voir durer longtemps.
Malgré la rudesse des
hivers qui, paraît-il, étaient plus froids qu'aujourd'hui, l'absentéisme
(ce mot était alors inconnu) n'existait pas chez les écoliers, sauf chez
certains dont les parents avaient besoin pour les travaux des champs.
Mais, et c'était
fatal, vu l'absence de mesures préventives, dès qu'une épidémie de
rougeole ou de coqueluche sévissait, tous les enfants y passaient.
J'ai moi-même failli
mourir de la rougeole Je fus soigné par le vieux médecin qui desservait
toutes les communes du canton où il se rendait à pied.
Donc, jusqu'à l'âge
de 12 ans, j'ai été à l'école communale et arrivé au cours moyen, en
avril 1924, je fus admis à l'examen en vue d'obtenir une bourse pour
entrer au collège, ainsi que
la fille de notre instituteur, monsieur Battesti, laquelle devint
plus tard professeur de Lettres.
La bourse entière se montait à 1610 francs pour l’année.
L'examen ayant lieu à
Ajaccio, nous nous y rendîmes à pied, ma mère et moi, jusqu'à la gare
de Carbuccia qui se trouvait à 30 km de Salice, puis en chemin de fer. C'était
la première fois que des élèves de l'école primaire de Salice se présentaient
à un tel examen.
Par ailleurs, le 9 juillet de la même année,
je fus reçu
au certificat d'étude. L'examen du certificat d’étude ayant
lieu à Vero, je m'y étais rendu à cheval avec mon beau-frère et nous
avions passé la nuit couchés par terre dans une salle d'auberge, car
nous étions nombreux.
Mémoires
(Extraits)
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