Préface 

Le 20ème siècle aura été le siècle du progrès technique. Il sera difficile à nos enfants  d’imaginer qu’une même personne ait pu s’éclairer à la bougie, aller chercher l’eau à la fontaine, faire la lessive au lavoir, et assister aux premiers pas de l’Homme sur la lune. C’est pourtant ce qui est arrivé à nos anciens nés à l’aube du siècle dernier. 

La plupart nous ont quittés. Mais il nous reste leurs précieux témoignages dont la  magie  nous permet de retenir entre nos doigts un peu de ce sable des jours passés, avant qu’il ne s’échappe pour aller rejoindre l’immense plage des souvenirs enfuis.  

Pendant de longues années, François Casanova fut correspondant de Salice dans l’édition corse de Nice-Matin.  Ses articles, publiés entre 1974 et 1991 constituent une chronique de la vie salicienne avec ses joies et ses peines, ses problèmes et ses réussites. Il évoque aussi dans de courts récits les coutumes et les fêtes du village au temps de sa jeunesse. 

Dans ces Chroniques du temps passé, nous partagerons avec vous, au fil des mois,  quelques-uns de ces textes. Nous espérons qu’à un moment ou la multiplicité des divertissements rend la tradition orale moins vivace,  viendront s’ajouter au sien d’autres témoignages qui tel un kaléidoscope révèleront les mille facettes d’une réalité dans laquelle les générations futures  reconnaîtront leurs racines et dont elles sauront tirer enseignement.

Pierre et Laetitia Casanova.

 

Les mystères du passé

Salice, chef-lieu de canton du Cruzzini,  perché dans un site majestueux au pied du Tritore, est l’un de ces villages corses qui, à une heure quinze d’Ajaccio,  servent maintenant de résidence secondaire à de jeunes familles et de lieu de vacances pour les Corses du continent et de l’étranger qui manifestent ainsi leur attachement profond aux lieux ou ils ont leurs racines et leurs souvenirs d’enfance. Les uns et les autres  y reviennent avec la même tendresse et la même émotion. De jeunes retraités s’y installent aussi et s’emploient à revitaliser le village et à le rendre plus attrayant. Mais n’oublions pas les quelques Saliciens qui y ont toujours vécu et affrontent les variations saisonnières  avec une imperturbable  philosophie.

Salice fut autrefois un village foisonnant de vie et peuplé toute l’année. Grâce au courage et à l’activité de ses habitants, il a nourri -parfois avec difficulté, certes-  des familles nombreuses.

        Peuplé de ses 650 habitants, dans les années 1930, le village voyait alors s’étaler les cultures sur tout le versant de la montagne jusqu’au Cruzzini, dont les eaux limpides scintillent au fond de la vallée.

        Les souvenirs s’arrêtent là, mais non les vestiges des générations passées : de Saint-Jean, ancêtre de Salice, abandonné un beau jour, ou plus sûrement un triste jour, il ne reste que les ruines émouvantes d’une église, qui se marient harmonieusement avec la végétation luxuriante du maquis, et une légende : Les cloches de Saint Jean.

Si l’on remonte encore le temps,  d’étranges rochers dissimulés à l’ouest du village pourraient étayer l’hypothèse de l’installation d’un premier groupe d’hommes et de femmes au cours de la préhistoire. Cette hypothèse a été émise par François Casanova en 1993, dans l’article ci-joint.

    Laetitia Casanova. 8 mars 2004

 



 


Curiosités de la nature ? Habitat préhistorique ? Les deux, peut-être. C’est la question que se pose le passant s’aventurant parmi les nombreux rochers chaotiques qui parsèment le maquis en aval des habitations de l’ouest du village
Il lui arrive en effet en s’approchant de certains d’entre eux de faire d’étranges découvertes.
En bordure d’un chemin depuis longtemps abandonné, sa vue est d’abord attirée par un énorme rocher portant une fêlure grossièrement colmatée due à on ne sait quel cataclysme.
Ce rocher à la forme bizarre, est légèrement concave à l’arrière et présente à l’avant le profil d’un oiseau de proie contemplant l’horizon. Sur son coté est s’ouvre une petite grotte, en partie murée laissant le passage pour un homme. Au fond de cet antre, encombré de détritus, on peut distinguer, creusé dans le granit, une cavité dont la façade en forme de demi-cercle imite celle d’une cheminée dont le tirage se ferait à travers une petite ouverture donnant à l’ouest. Au-dessus, creusées aussi dans le roc, se trouvent trois alvéoles susceptibles d’avoir contenu des ingrédients pour la cuisine. En face s’étale une longue pierre plate, légèrement inclinée, pouvant servir de siège ou de lieu de repos. Enfin, surmontant cette pierre, un large trou d’aération permet d’accéder aussi à la grotte.
A quelques mètres de là, de l’autre coté du chemin, deux épaisses dalles couvrent       à leur tour deux petites grottes communiquant entre elles. L’avant, clôturé en pierres de taille, laisse un passage permettant de pénétrer à l’intérieur, en partie comblé, ou du bétail a été parqué en dernier lieu. Par ailleurs, une de ces dalles porte à l’extérieur plusieurs creux longitudinaux ainsi qu’un petit trou dont on ignore l’utilité.
 


 


D’autres rochers de toutes tailles, que le maquis rend aujourd’hui presque inaccessibles, présentent aussi des anomalies diverses et souvent curieuses.
Tant de modifications dans la structure de ces roches granitiques sont-elles dues à des causes naturelles, au hasard ou à la main de l’homme ?
Ces grottes ont-elles été habitées par des êtres humains avant d’abriter du bétail ?

 


 


Autant de questions à ce jour sans réponse ? Cependant, si on se réfère à des renseignements de source autorisée suivant lesquelles la pierre implantée à l’entrée du vieux cimetière de Saint-Eustache tout proche, serait un menhir de la première époque, laissant à penser qu’une petite communauté païenne a vécu autrefois dans la région, l’hypothèse d’un habitat préhistorique demeure plausible.
Peut-être des gens qualifiés ou d’autres découvertes permettront-ils un jour de percer ce secret.

Texte de François Casanova.